• Conférence
08.09.22 / 09.09.22

Conférences « Le béton en question »

Alia Bengana (architecte, consultante et auteure)
La barre de logements en béton « les Gentianes » à Asnières-sur-Seine est démolie pour cause d’obsolescence sous les yeux de ses anciens occupants. Photo extraite du livre « Le piéton du grand », Ed. Paris gramme, 2014. Photo © Valerio Vincenzo
Le luca et l’ong ASTM – CITIM ont décidé de s’associer pour mettre ces sujets en discussion, en invitant l’architecte Alia Bengana pour deux rencontres publiques consacrées à la place du béton dans la construction, aux conséquences sociales et environnementales de son utilisation massive ainsi qu’aux techniques et savoir-faire alternatifs, entre tradition et innovation.

08.09 – 19h | Les alternatives au béton

Conférence, Alia Bengana

  • Langue : FR
  • Lieu : luca – Luxembourg Center for Architecture

09.09 – 12h | Les impacts du recours massif au béton dans le Sud global

Brunch talk avec Alia Bengana

  • Langue : FR
  • Lieu : ASTM – CITIM, 136 Rue Adolphe Fischer, L-1521 Luxembourg

Le béton et son utilisation massive dans la construction questionne, si on s’intéresse à l’ensemble de ses impacts au cours de son cycle de vie. On estime, en gros, que 2/3 du volume bâti dans le monde l’est à l’aide de béton armé ou de ciment ; ce recours, de par son ampleur, engendre des effets néfastes sur les humains, sur le climat et sur la biodiversité. L’industrie cimentière émet 8% du total des gaz à effet de serre et extrait, surtout dans le Sud global, des quantités astronomiques de sable dont les réserves s’épuisent de manière inexorable. L’extension du bâti en béton stérilise les sols et engendre des montagnes de déchets non biodégradables et peu recyclés. Diverses pathologies frappent lourdement ce matériau bien plus fragile qu’il n’y parait, comme l’ont démontré récemment les spectaculaires effondrements de ponts à Gênes et à Pittsburgh. 

Pourtant, l’aura extraordinaire que le béton a acquis au fil du XXème siècle, comme symbole de modernité, ne faiblit pas, ancré dans l’imaginaire collectif et alimenté par les besoins du pouvoir et l’appétit des industriels. Avec le pétrole, le plastic et les engrais synthétique, il est un curseur de l’anthropocène, un outil de la mondialisation marchande (ou de la marchandisation du monde), au point, en occident, d’avoir fait disparaître, à quelques exceptions près (ex. Baukünstler), les savoir-faire ancestraux locaux. 

Les travaux de Diébédo Françis Kéré, heureusement placés sous les projecteurs par le prix Pritzker 2022, montrent qu’une « autre modernité est possible », tant son approche s’appuyant sur la participation populaire, la justice sociale et la production locale, s’écarte du modèle dominant. 

Que pouvons-nous apprendre de la pratique de Kéré et de tant d’autres qui, tout en n’étant pas sous les feux de la rampe, assument effectivement et quotidiennement, comme lui, leur responsabilité sociale et écologique ? Comment, aujourd’hui, mettre en œuvre des alternatives constructives au béton qui soient compatibles avec les exigences d’une vie digne pour tous et d’une nature régénérée ? Plus fondamentalement, faut-il uniquement raisonner en termes d’alternatives ou ne s’agit-il pas aussi de se passer, sciemment et volontairement, dans une perspective de « sobriété », de réalisations marchandes que seul le béton rend économiquement possible ? 

Ces conférences sont organisées dans le cadre de l'exposition FARAWAY SO CLOSE.